Comment créer un jardin-forêt en permaculture ?

Dans cet article je vais vous expliquer pas à pas comment créer votre jardin-forêt comestible en permaculture.

Qu’est ce qu’un jardin-forêt ?

jardin-forêt Un jardin-forêt est un verger multiétagé qui imite le fonctionnement des écosystèmes naturels. Ce type de culture est pratiqué depuis plusieurs milliers d’années par les peuples autochtones dans les régions tropicales. Il offre l’avantage de pouvoir produire beaucoup sur une petite surface. Depuis quelques années ce concept se développe en Europe et donne de très bons résultats. A la différence d’un verger classique où l’on ne cultive qu’une seule strate de végétation, dans un jardin-forêt on associe plusieurs végétaux entre eux en essayant au maximum de se rapprocher du fonctionnement des écosystèmes naturels.

Comme dans les écosystèmes le jardin-forêt est composé de 7 strates de végétations qui interagissent entre elles :

  • Les arbres et arbustes de plein soleil : Tous les fruitiers greffés.
  • Les arbustes qui tolèrent la mi-ombre : sureaux, noisetiers, amélanchier…
  • Les arbrisseaux : cassis, groseilliers à grappes, maquereaux…
  • Les vivaces : rhubarbe, poireaux perpétuels, artichauts…
  • Les annuelles et bisannuelles : choux kale, blettes, mâches…
  • Les plantes grimpantes : kiwis, vignes, ronces fruitères…
  • Les champignons : pleurotes, shii-take…

Mettre en place un jardin-forêt en permaculture.

Avant d’entreprendre toute plantation je vous conseille de faire un plan détaillé de votre terrain avec l’orientation, la surface, la pente, les vents dominants, l’ensoleillement, la nature du sol, les ressources en eau, la faune et la flore présente, le climat local.

Plus l’inventaire de votre site sera riche meilleure sera votre conception.

La mise en place d’un jardin-forêt s’effectue sur plusieurs années, une dizaine d’années seront nécessaires pour obtenir un verger multiétagé pleinement productif.

Plantation des arbres et arbustes de plein soleil.

jardin-forêtLa première étape consiste à planter les arbres et les arbustes de plein soleil, ils constitueront la trame de fond.

Renseignez-vous sur les variétés fruitières locales présentes dans votre région auprès des pépiniéristes, des vergers conservatoires, en vous baladant dans la campagne. Bon nombre de variétés anciennes intéressantes sont présentes dans les vergers abandonnés et dans les haies bocagères.

Certains fruitiers exotiques ou méconnus sont disponibles uniquement sur internet, si vous savez greffer je vous conseille le site fruitier.net, il est possible de s’y procurer les greffons de milliers de variétés dont certaines très rares.

Les fruitiers à noyaux comme les pruniers ou les pêchers peuvent se reproduire facilement par semis, en revanche les fruitiers à pépins doivent être greffés pour garder leurs caractéristiques.

Choix des portes greffes :

jardin-forêtLe choix du porte greffe est aussi important que le choix de la variété car il détermine la vigueur et donc l’espacement nécessaire.

Les portes greffes vigoureux donnent des arbres plus résistants et à longue durée de vie mais de mise à fruits beaucoup plus tardive. L’espacement nécessaire de 10 m en moyenne fait qu’il sont réservés aux terrains de grandes tailles. L’ombre portée par ces arbres est importante ce qui limite la culture d’arbustes et d’arbrisseaux à proximité.

Les portes greffes moyennement vigoureux sont les mieux adaptés à la conception d’un jardin-forêt car il ont l’avantage de pouvoir être plantés plus serré et d’avoir une mise à fruits plus rapide. De plus les arbres étant de taille plus réduite ils feront moins d’ombre aux étages inférieurs.

Les portes greffes nanifiant sont à réserver aux petits jardins, ils ne permettent pas de réaliser de cultures étagées car ils ne supporteraient pas la concurrence d’autres végétaux. Ce sont en général des arbres fragiles à courte durée de vie.

Une autre technique intéressante est la greffe sauvage, s’il y a des aubépines sauvages sur votre terrain elles pourront servir de portes greffes pour le poirier et le néflier. En région calcaire il peut être judicieux de greffer le châtaignier sur le chêne.

Distances de plantation :

Si vous ne réalisez pas vos greffes vous-même, pour connaître l’espacement de vos arbres il faudra demander au pépiniériste de quels portes greffes il s’agit.

Il est très important de bien respecter les distances de plantation pour que les arbres puissent bien s’épanouir. Plantez les plus grands arbres dans la partie nord de votre terrain pour qu’il ne fassent pas d’ombre aux autres.

Vous trouverez sur pepinieredamelie.fr, le site d’un pépiniériste bio, les distances de plantation à respecter en fonction des portes greffes.

Voici une liste non exhaustive d’arbres et arbustes de plein soleil :

Arbres de grandes tailles (pour les grands terrains) : châtaigniers, noyers, cormiers, plaqueminiers, alisiers, pacaniers.

Arbres et arbustes de tailles moyennes : pommiers, poiriers, cerisiers, pêchers, abricotiers, figuiers, néfliers, pruniers, asiminiers, aubépines fruitières, cognassiers, argousiers.

Plantation des arbustes et arbrisseaux qui tolèrent la mi-ombre.

jardin-forêtLa deuxième étape dans la mise en place d’un jardin-forêt est la plantation des arbustes de mi-ombre. Ce sont en général des arbustes de lisières que l’on retrouve à l’état sauvage à l’orée des bois et dans les haies.

Voici plusieurs exemples :

A la lisière des grands arbres il sera possible de planter des sureaux, des noisetiers, des cornouillers mâles.

Entre les arbres de taille moyenne on pourra planter des arbustes de plus petites taille comme le cognassier de Cathay ou l’amélanchier à feuille d’aulne.

Il sera également possible de planter des cassis, des groseilliers à grappes et à maquereaux.

Les arbustes fixateurs d’azote :

Certains végétaux grâce à leurs nodosités ont la capacité de fixer l’azote atmosphérique. En les plantant entre vos arbres, ils enrichiront le sol et favoriseront leurs croissances.

Le goumi du Japon et l’éléagnus ebbingei  sont deux arbustes fixateurs d’azote intéressants pour leurs fruits et pour leurs fleurs très mellifères.

Les vivaces.

jardin-forêtLa troisième étape est la mise en place des vivaces (aromatiques, plantes sauvages comestibles, légumes perpétuels) autour de vos fruitiers.

Je vous conseille de choisir des espèces rustiques qui tolèrent la mi-ombre et qui ne demandent pas trop d’entretien.

Voici quelques exemples de vivaces intéressantes :

Certaines espèces couvre-sol comme le fraisier sauvage et l’ail des ours peuvent être plantées sous l’ombre des grands arbres. Vous pourrez également planter des topinambours car ils tolèrent bien l’ombre, le seul défaut est qu’ils peuvent devenir envahissants !

Sous vos fruitiers de taille moyenne vous pourrez cultiver du chénopode bon-Henri, du cerfeuil musqué, de l’oseille, des poireaux perpétuels, du choux Daubenton, des orties, du fenouil vivace, de la mélisse, des artichauts, de la rhubarbe…

A la lisière sud de votre jardin-forêt vous pourrez cultiver des framboisiers.

Les annuelles et bisannuelles.

jardin-forêtLorsque vos arbres auront atteint une taille suffisante il sera possible de semer des petits pois, de la mâche et des haricots grimpants sous vos fruitiers de taille moyenne.

L’avantage des légumineuses comme les petits pois est qu’ils fixeront l’azote atmosphérique et le restitueront à vos arbres.

Certains légumes qui apprécient la mi-ombre comme les betteraves, les choux kale, les blettes ou les panais pourront être cultivés entre vos arbres.

Il faut éviter de cultiver des légumes racines dans un rayon de 2 mètres autour des arbres afin de ne pas abîmer leurs racines lors de l’arrachage.

Les grimpantes.

jardin-forêtLa mise en place des grimpantes intervient au bout de quelques années lorsque les arbres ont assez de vigueur pour servir de support. Seuls les arbres les plus vigoureux pourront accueillir des grimpantes comme par exemple les châtaigniers, les noyers, ainsi que les fruitiers greffés sur portes greffes vigoureux.

La vigne Isabelle (Vitis labrusca), une variété de vigne américaine résistante et très vigoureuse pourra être plantée au pied des grands arbres.

La ronce fruitière (loganberry) et toutes les variétés de kiwis sont également intéressantes.

Les champignons.

jardin-forêtLa culture des champignons se fera dans l’endroit le plus humide du jardin-forêt, à l’ombre des grands arbres. Plusieurs espèces comme les shiitake ou les pleurotes pourront être cultivées sur rondins de bois ou dans de la sciure inoculée de mycélium.

Grâce à un biotope varié et à l’humidité du sol maintenue par l’ombre des fruitiers vous récolterez aussi des espèces sauvages de champignons comestibles.

Pour aller plus loin.

La diversité des espèces de fruits et légumes comestibles est très importante mais très peu sont cultivés. Planter un jardin-forêt c’est redécouvrir des variétés locales mais c’est aussi partir à la découverte d’une multitude de saveurs exotiques.

En plus des pépiniéristes locaux je vous conseille les sites suivants qui vous aideront dans le choix de vos variétés.

fruitforestier.info

agroforestry.co.uk

cochetfrederic.com

ribanjou.fr

Je vous conseille également le site pfaf.org, c’est une mine d’informations qui recense plus de 7000 espèces de plantes comestibles. En tapant le nom latin d’une espèce vous aurez une fiche descriptive de la plante avec ses exigences de culture et une note sur ses qualités gustatives. C’est en anglais mais facile à traduire avec google traduction.

La mise en place d’un jardin-forêt en permaculture est quelques chose de passionnant qui ouvre le champ des possibles !


Si vous avez des questions ou des suggestions sur la création d’un jardin-forêt en permaculture, vous pouvez me laisser des commentaires, ça sera un plaisir pour moi de vous répondre !

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14 commentaires

  • Pingback: Terre - dobbeefamily | Pearltrees

  • Salut Guillaume !!
    Merci pour cet article très intéressant et qui contient une mine de renseignements précieux. Je me suis permis
    de le partager sur mon site, sur fb et twitter. Encore merci pour ce partage. Bon réveillon et joyeux noël !!

  • Salut Jean-Claude,

    Merci pour ton commentaire 😉
    Je te souhaite également de très bonnes fêtes !
    A bientôt

    Guillaume

  • Hello merci pour ce champ des possibles en agro foresterie bonne fetes de fin d’année 2017

  • Salut !

    Le sujet des forêts-jardins m’intéresse énormément. Je rêve de m’en créer une ! Hélas il faudra attendre un bout de terrain, mais je n’ai pas attendu pour planter des arbres fruitiers et autres plantes vivaces 🙂

    • Salut Heikel,
      Les jardins-foret c’est un sujet passionnant, pour ma part j’en suis à la première étape, j’ai planté une cinquantaine de fruitiers, à l’automne je vais implanter plein de boutures de cassis et de framboisiers. Quand les arbres seront suffisamment grands, j’aimerais faire pousser des lianes et planter des légumes vivaces à leurs pieds 🙂

  • très bon article, court, simple, permettant de bien comprendre le principe des étages. Souvent expliqué mais pas aussi efficacement. Merci, il m’a bien aidé.

  • Bonjour,
    C’est un rêve pour moi d’avoir un jardin forêt, j’ai un morceau de terre de 7500 m² avec une belle maison de compagne entourée d’une forêt, avec plein d’arbre fruitiers et olivier, mais malheureusement je n’arrive pas à réussir d’avoir un jardin forêt, j’ai essayé plusieurs fois de bâtir de la permaculture et planter mes légumes bio mais ça ne me donne pas beaucoup de satisfaction peut-être le climat très froid en hiver et très chaud en été (je suis au Maroc)
    avez vous des idées à me proposer?
    très cordialement

  • Merci pour cet article et le site en général que je découvre et qui démystifie la permaculture par la simplicité des exemples.
    J’ai toutefois une question relative aux semis de mâche par exemple (radis, carottes, salades, …) comment faire ces semis sur un sol paillé ?
    Bonne journée. Jacques

    • Bonjour Solomiac,

      Il est tout à fait possible de faire des semis sur sol paillé à condition d’adapter l’épaisseur en fonction des graines.
      Pour les graines fines comme les radis où la laitue je vous conseille de mettre une fine couche de paillage (0.5 cm maximum).
      Pour les panais je met 1 cm, 5 cm pour les petits pois et 20 cm pour les pommes de terre.
      A bientôt
      Guillaume

  • Bonjour à tous.
    Merci pour l article fort intéressant et effectivement clair. Quelle surface minimum conseilleriez vous pour realiser un jardin foret viable à un futur jeune retraité en reconversion… Je serai en côtes d armor près de la mer…
    Merci.
    Yves

  • Bonjour et merci pour cet article. J’ai une trentaine d’amandiers à planter dans les alpes de haute Provence, sur environ 700 m2. Pays de Giono, rude en hiver, rude en été. Sol calcaire, peu arrosé, sinon par des épisodes orageux. Sous cette amanderaie j’aimerais fixer la terre et la revivifier par des plantations et semis locaux. Des plantes locales poussent déjà, fleurs et arbustes caractéristiques des prairies sauvages des climats secs ( aubépines, églantiers, ronces…). Quels conseils pour améliorer la biodiversité? Merci

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